Un chiffre, brutal : au Canada, près d’un travailleur sur cinq de plus de 65 ans est encore actif. Loin d’être une anomalie, ce phénomène soulève une vraie question. Est-il possible de percevoir une pension tout en restant à temps plein sur le marché du travail ? Pour celles et ceux qui frôlent l’âge de la retraite sans vouloir raccrocher, l’équation mérite d’être posée. Les règles, parfois déroutantes, cachent pourtant quelques ouvertures intéressantes.
Oui, des dispositifs comme le Régime de pensions du Canada (RPC) ou le Régime de rentes du Québec (RRQ) offrent la possibilité de toucher une pension, partielle ou complète, tout en occupant un poste à temps plein. Ce cumul peut changer la donne côté finances personnelles, ouvrant la voie à des revenus combinés, bien au-delà du simple salaire. Encore faut-il saisir les subtilités.
Les conditions à respecter pour cumuler pension et emploi à temps plein
Avant de mélanger salaire et pension, il faut répondre à certains critères. La première étape ? Atteindre l’âge minimal pour activer sa pension, que ce soit auprès du RPC ou du RRQ. Impossible de contourner ce seuil.
L’âge d’accès à la pension
Les règles sont claires : voici à quel âge on peut commencer à recevoir sa pension tout en continuant à travailler.
- Le RPC autorise le versement de la pension dès 60 ans.
- Le RRQ fonctionne sur le même principe : départ possible à partir de 60 ans également.
Un détail qui compte : même après avoir enclenché la pension, les cotisations continuent d’être prélevées sur le revenu d’emploi. Ce mécanisme a un nom : le Supplément après-retraite. Il permet d’augmenter, année après année, le montant de la pension.
Comprendre le Supplément après-retraite
Pour ceux qui poursuivent leur activité, chaque dollar cotisé n’est pas perdu. Bien au contraire, il sert à bonifier la pension reçue, selon ces modalités :
- Les cotisations supplémentaires génèrent des crédits, qui s’ajoutent au calcul de la pension.
- Ce supplément est réévalué chaque année et vient majorer la pension versée.
Ce que cela implique côté fiscalité
Cumuler pension et salaire, c’est aussi additionner les revenus imposables. Le résultat ? Un taux d’imposition qui peut grimper, avec à la clé une part plus importante prélevée par le fisc. Anticiper ces effets et ajuster sa stratégie fiscale devient alors indispensable pour éviter la douche froide au moment du bilan annuel.
Le modèle canadien laisse donc une marge de manœuvre : il permet d’allier pension et activité professionnelle, à condition de surveiller les conséquences fiscales et de profiter pleinement des cotisations supplémentaires. Ce n’est pas un automatisme, mais une opportunité à manier intelligemment.
Répercussions sur les impôts et les droits sociaux
Le choix de cumuler pension et emploi à temps plein ne se résume pas à un calcul brut. Les répercussions fiscales et sociales pèsent dans la balance et obligent à regarder au-delà de la simple fiche de paie.
Fiscalité : comment le taux d’imposition évolue-t-il ?
Une chose à retenir : chaque dollar de pension compte comme revenu imposable. En cumulant pension et salaire, il est possible de franchir un palier et d’être imposé à un taux plus élevé. Cela implique :
- L’ensemble du revenu, salaire et pension, est soumis à l’impôt sur le revenu.
- Le taux marginal d’imposition peut augmenter et rogner le revenu net perçu.
Face à cette réalité, il vaut mieux anticiper et ajuster sa gestion fiscale pour ne pas voir fondre le supplément de revenus espéré.
Contributions sociales : le jeu continue après 60 ans
Même en touchant une pension, impossible d’échapper aux cotisations pour le RPC ou le RRQ tant que l’on reste actif. Ce n’est pas une pénalité, mais une façon de bonifier sa pension future grâce au Supplément après-retraite :
- Les cotisations restent obligatoires jusqu’à 70 ans.
- Chaque année supplémentaire cotisée augmente le montant de la pension.
Retenues à la source et ajustements à prévoir
Les employeurs déduisent automatiquement impôt et contributions sociales sur le salaire. Pour éviter les mauvaises surprises, mieux vaut revoir chaque année ses déclarations fiscales et, si nécessaire, demander à l’employeur d’ajuster les retenues. Ça évite d’avoir à rembourser un trop-perçu ou, à l’inverse, d’être pris au dépourvu par une facture fiscale inattendue.
Outils de simulation et conseils professionnels ne sont pas superflus pour identifier les crédits d’impôt ou déductions accessibles aux retraités actifs, et ainsi tirer le meilleur parti de cette configuration hybride.
Cumuler pension et travail à temps plein : le vrai bilan
Côté finances : quels bénéfices réels ?
À ceux qui se demandent si le jeu en vaut la chandelle, quelques avantages concrets méritent d’être soulignés :
- Revenu global en hausse : la combinaison pension + salaire permet d’atteindre un niveau de vie supérieur à celui que procurerait une seule source de revenus.
- Plus de stabilité : diversifier ses revenus réduit la dépendance à une seule ressource, ce qui rassure en période d’incertitude.
- Capacité d’épargne renforcée : avec plus d’argent chaque mois, il devient possible d’alimenter son épargne retraite ou d’investir selon ses objectifs.
Les revers du cumul : ce qu’il ne faut pas sous-estimer
Mais tout n’est pas rose, et il faut également peser les points suivants :
- Imposition accrue : le cumul peut placer le contribuable dans une tranche d’imposition plus élevée, ce qui réduit le gain net.
- Réduction de certaines aides : des prestations comme le Supplément de revenu garanti diminuent, voire disparaissent si le revenu total grimpe trop.
- Charge de travail et fatigue : poursuivre un emploi à temps plein tout en touchant une pension peut générer du stress ou impacter la santé à long terme.
Ce qui détermine le bon choix
Aucune solution universelle : chaque personne doit faire le point sur ses besoins, capacités et priorités. Voici les aspects à examiner de près :
- Vos ambitions financières : identifiez vos objectifs pour savoir si cette stratégie répond à vos attentes.
- Votre état de santé : évaluez votre énergie et votre capacité à tenir la cadence d’un emploi à temps plein.
- Un avis professionnel : ne négligez pas l’expertise d’un conseiller financier ou fiscal pour ajuster votre stratégie.
Cumuler pension et travail à temps plein ouvre des perspectives, mais ce n’est pas une recette miracle. Pour certains, l’équilibre fonctionne à merveille ; pour d’autres, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Le vrai défi, c’est de bien cerner sa réalité, loin des idées reçues.
Comment s’y prendre concrètement ?
Vérifier ses droits
Avant d’entamer les démarches, il faut s’assurer de répondre à tous les critères pour la pension souhaitée. Deux conditions ressortent le plus souvent :
- Atteindre l’âge requis, qui est généralement de 65 ans pour la Sécurité de la vieillesse (SV).
- Remplir les exigences de résidence au Canada.
Soumettre sa demande de pension
Une fois l’éligibilité confirmée, la demande s’effectue en plusieurs étapes bien définies :
- Remplir le formulaire officiel de demande, disponible sur le site du gouvernement du Canada.
- Joindre les justificatifs nécessaires : preuve de résidence, relevé de revenus, etc.
- Envoyer le dossier selon la procédure appropriée, en ligne ou par courrier.
Clarifier la situation avec l’employeur
Mieux vaut jouer cartes sur table avec son employeur pour éviter tout malentendu. Il s’agit notamment de :
- L’informer de la situation afin d’éviter tout conflit potentiel.
- S’assurer que le contrat de travail autorise le cumul pension-salaire.
Piloter sa fiscalité
Le cumul d’un salaire et d’une pension entraîne parfois des surprises fiscales. Pour les anticiper, voici les étapes à ne pas négliger :
- Consulter un expert fiscal pour analyser les effets sur l’imposition et les prestations.
- Utiliser un simulateur d’impôt en ligne pour estimer les montants dus et ajuster les retenues à la source.
Le cumul pension-emploi à temps plein n’est pas un terrain neutre. Il s’adresse à ceux qui veulent maîtriser leur parcours jusqu’au bout, quitte à jongler avec les règles et les chiffres. Reste à savoir si, dans la vraie vie, l’équilibre tient sur la durée ou si le fil finit par casser. À chacun d’écrire la suite.


