On est inscrite à France Travail, on attend un enfant, et la première question qui surgit n’a rien de théorique : est-ce que le montant des allocations chômage va fondre pendant le congé maternité ? La mécanique est moins intuitive qu’il n’y paraît, parce que deux organismes prennent le relais l’un après l’autre, avec des règles de calcul différentes. Voici comment ça se passe concrètement, poste par poste.
Suspension de l’ARE pendant le congé maternité : le mécanisme à connaître
Quand une demandeuse d’emploi entre en congé maternité, France Travail suspend le versement de l’Allocation de Retour à l’Emploi (ARE). La suspension n’est pas une suppression : les droits restants sont gelés et reportés après la fin du congé.
Concrètement, la durée d’indemnisation chômage est allongée d’autant de jours que dure le congé maternité. Si on avait encore dix mois de droits ARE avant l’accouchement, on retrouve ces dix mois intacts une fois le congé terminé.
Le basculement se fait vers la Sécurité sociale. C’est la CPAM qui prend le relais en versant des indemnités journalières de maternité pendant toute la durée légale du congé. Pour y avoir droit en tant que demandeuse d’emploi, il faut avoir cessé son activité salariée depuis moins de douze mois ou avoir perçu une allocation chômage au cours des douze derniers mois.
Indemnités journalières maternité au chômage : quel montant réel ?

Le calcul des indemnités journalières (IJ) maternité pour une demandeuse d’emploi diffère de celui d’une salariée en poste. La CPAM se base sur les salaires perçus avant la période de chômage, pas sur le montant de l’ARE.
Les IJ maternité peuvent atteindre un plafond fixé par la Sécurité sociale. Selon les données disponibles, le montant maximum brut est de 101,94 euros par jour. Le montant réel dépend des salaires antérieurs déclarés lors des derniers mois d’activité.
Un point qui génère de la confusion : l’ARE et les IJ maternité ne sont pas cumulables. Pendant le congé, on perçoit uniquement les indemnités de la CPAM. Le versement de l’ARE reprend automatiquement à la fin du congé, à condition de se réinscrire ou de confirmer sa situation auprès de France Travail.
Les démarches à ne pas rater
- Déclarer la grossesse à France Travail dès que possible, en transmettant le certificat médical ou l’attestation de la CPAM, pour que la suspension de l’ARE soit correctement enregistrée.
- Vérifier auprès de la CPAM que les conditions d’ouverture de droits aux IJ maternité sont remplies (cessation d’activité de moins de douze mois, ou perception d’une allocation chômage récente).
- À la fin du congé, actualiser sa situation sur l’espace personnel France Travail pour relancer le versement de l’ARE sans interruption.
Congé supplémentaire de naissance 2026 : une séquence d’indemnisation en plus
Depuis le 1er juillet 2026, un congé supplémentaire de naissance est entré en vigueur. Il ajoute un à deux mois indemnisés par la Sécurité sociale après les congés de maternité, de paternité ou d’adoption.
L’indemnisation suit un barème dégressif : 70 % du salaire net plafonné le premier mois, puis 60 % le deuxième mois, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale. Ce nouveau congé n’est pas cumulable avec les allocations chômage ni avec d’autres indemnités journalières (maladie, maternité, paternité).
Pour une demandeuse d’emploi, cela crée une séquence supplémentaire avant la reprise de l’ARE. En pratique, la chronologie devient : ARE suspendue, puis IJ maternité, puis éventuellement IJ du congé supplémentaire de naissance, puis reprise de l’ARE. Chaque étape repousse d’autant la fin de droits, sans rogner le capital restant.

Arrêt maladie lié à la grossesse et impact sur le calcul de l’ARE
Un arrêt maladie survenu avant ou après le congé maternité (congé pathologique par exemple) pose une question différente : est-ce que ces jours d’arrêt vont faire baisser le montant de l’ARE ?
La réponse de France Travail est claire. Les périodes de congé maternité, de congé pathologique ou d’arrêt maladie liées à la grossesse sont neutralisées dans le calcul du salaire journalier de référence. Elles ne comptent pas comme des jours non travaillés qui feraient chuter la moyenne salariale servant de base au calcul de l’ARE.
Cette neutralisation protège le montant futur de l’allocation. Si on perd un emploi après un congé maternité suivi d’un arrêt pathologique, ces périodes sont exclues de la fenêtre de calcul : France Travail remonte plus loin pour trouver des mois de salaire complet.
Travailleuses indépendantes et chômage : un cas à part
Micro-entrepreneuses en fin de droits
Pour les travailleuses indépendantes (micro-entrepreneuses, professions libérales) qui cumulent parfois une activité réduite avec des droits ARE résiduels, les conditions d’accès aux IJ maternité sont distinctes. L’indemnisation maternité passe par la Sécurité sociale des indépendants, avec des conditions de cotisation spécifiques.
Les retours varient sur ce point selon les situations individuelles, mais le principe reste le même : le congé maternité suspend l’ARE sans la supprimer, quel que soit le statut antérieur. La difficulté pour les indépendantes réside dans le montant des IJ, souvent plus bas faute de cotisations suffisantes sur la période de référence.
Vérifier sa couverture en amont
- Consulter son relevé de situation sur le site de la Sécurité sociale pour vérifier les trimestres cotisés et le montant prévisionnel des IJ maternité.
- Contacter la CPAM ou la caisse SSI au moins trois mois avant la date prévue d’accouchement pour éviter un trou d’indemnisation.
- En cas de polyactivité (salariat + micro-entreprise), vérifier auprès de chaque caisse les droits ouverts pour ne pas perdre une source d’indemnisation.
Le congé maternité au chômage ne fait pas disparaître les droits ARE : il les met en pause. Avec le nouveau congé supplémentaire de naissance, la période sans ARE s’allonge, mais le capital de jours indemnisables reste intact. Le vrai risque n’est pas la perte de droits, c’est l’oubli d’une démarche administrative qui retarde la reprise des versements.

