Fiscalité des expatriés retraités en France : ce qu’il faut savoir

Les retraités français qui ont choisi de faire leurs valises pour s’installer sous d’autres latitudes font vite face à un casse-tête fiscal : comprendre comment leurs pensions seront imposées, jongler avec des réglementations parfois contradictoires, et s’assurer de ne pas se retrouver en délicatesse avec le fisc, français ou étranger. La question n’est pas anodine : le traitement fiscal des retraites, la portée des conventions internationales et l’ensemble des obligations administratives pèsent lourd sur le quotidien et le budget des expatriés.

Pour ceux qui s’installent à l’étranger après avoir travaillé en France, définir sa résidence fiscale devient rapidement déterminant. Ce choix ne fait pas que dicter le pays qui prélèvera l’impôt sur les pensions : il peut aussi transformer la note finale. En droit fiscal, la résidence s’établit selon des critères précis, fixés par les conventions fiscales internationales et la législation française.

Déterminer votre résidence fiscale

Avant toute chose, il faut savoir à quel pays vous êtes rattaché fiscalement. Ce n’est pas une simple affaire d’adresse postale : plusieurs éléments entrent en ligne de compte pour déterminer la résidence.

Critères de résidence fiscale

Voici les principaux points pris en compte pour établir le domicile fiscal en France :

  • Le foyer principal ou le lieu de séjour habituel se trouve en France.
  • Une activité professionnelle exercée sur le territoire français, sauf si elle reste accessoire.
  • Le centre des intérêts économiques, c’est-à-dire l’endroit où l’on gère ses affaires, possède ses biens ou d’où provient la majeure partie de ses revenus.

Impact sur les pensions de retraite

Le pays de résidence fiscale influence directement la façon dont vos pensions sont taxées. En pratique :

  • Si vous restez domicilié fiscalement en France, votre pension y est imposée.
  • Dans le cas contraire, c’est le pays d’accueil qui applique ses règles fiscales.
  • Si aucune convention fiscale n’existe entre la France et votre pays de résidence, il peut arriver que la double imposition s’applique.

Les conventions fiscales internationales sont là pour éviter ce genre de situation, en déterminant le pays qui a la priorité pour prélever l’impôt. Une règle fréquente : les pensions de la fonction publique française continuent d’être imposées en France, même une fois installé à l’étranger, alors que les retraites du secteur privé relèvent la plupart du temps du pays d’accueil.

Rôle des conventions fiscales

La France a signé un grand nombre de conventions fiscales, notamment avec le Portugal, le Maroc ou encore l’Espagne. Ces accords servent de garde-fou contre la double imposition et permettent, dans certains cas, d’optimiser la fiscalité des retraités expatriés. Avant de partir, il est indispensable de consulter la convention en vigueur entre la France et le pays choisi, afin d’y voir clair sur ses obligations.

Les conventions fiscales internationales et leur impact

Les conventions fiscales internationales, véritables outils de régulation, précisent les droits d’imposition de chaque pays et visent à empêcher qu’un même revenu soit imposé deux fois. Elles s’appuient souvent sur le modèle OCDE, qui favorise aussi l’échange d’informations pour lutter contre les fraudes.

Pays ayant signé des conventions fiscales avec la France

Parmi les pays couverts par une convention fiscale avec la France, on retrouve notamment :

  • Portugal
  • Espagne
  • Italie
  • Maroc
  • Thaïlande
  • Indonésie
  • Chypre
  • Philippines

Dans ces pays, le partage de l’imposition entre la France et le pays d’accueil dépend du type de pension et de la convention en question.

Conséquences pour les retraités

Concrètement, ces conventions définissent l’endroit où les pensions seront taxées : en France, à l’étranger, ou parfois partagées. Les retraités de la fonction publique française restent généralement imposés en France, même après l’expatriation, tandis que les bénéficiaires de pensions privées voient souvent leurs revenus taxés dans leur nouveau pays de résidence.

Exemples concrets

Un retraité français installé au Portugal profite d’une fiscalité très avantageuse grâce à l’accord entre les deux pays. À l’inverse, un ancien fonctionnaire vivant en Algérie et possédant la nationalité française continuera de verser ses impôts à la France. Ce n’est pas le cas d’un Algérien non binational, qui sera imposé localement. Ces situations illustrent l’importance de bien décrypter les conventions avant de changer de vie.

Imposition des revenus et du patrimoine des retraités expatriés

Imposition des pensions de retraite

La fiscalité appliquée aux pensions varie selon leur nature et selon la destination choisie. On distingue principalement trois catégories de pensions : sécurité sociale, pensions publiques et pensions privées.

  • Les pensions de sécurité sociale, et les régimes complémentaires comme Agirc-Arrco, sont généralement imposées dans le pays où vous vivez.
  • S’agissant des pensions publiques, en particulier celles de la fonction publique française, c’est souvent la France qui garde la main, à moins qu’une convention fiscale ne prévoie une exception.
  • Les pensions privées, elles, tombent sous la fiscalité du pays d’accueil, sous réserve des conventions bilatérales.

Impôt sur le revenu et abattements

En France, l’impôt sur le revenu des pensions est en général prélevé à la source par chaque caisse de retraite. Certains abattements spécifiques existent selon la nature de la pension ou le contenu de la convention fiscale. Par exemple, les pensions issues de l’assurance volontaire vieillesse sont assimilées à des retraites du régime général de la Sécurité sociale.

Impôt sur la fortune immobilière (IFI)

Un retraité expatrié détenant des biens en France n’échappe pas à l’IFI. Il s’applique à tous les biens immobiliers situés en France, qu’ils soient détenus directement ou via une société, même si le propriétaire n’est plus résident fiscal français. Cet impôt s’ajoute à la fiscalité locale sur les propriétés et à l’impôt sur le revenu, le cas échéant.

Cas particulier : Algérie

Le cas des retraités de la fonction publique installés en Algérie dépend directement de leur nationalité. Si le retraité est algérien sans double nationalité, c’est la fiscalité algérienne qui s’applique. Pour les détenteurs de la nationalité française ou franco-algérienne, l’imposition reste du ressort des autorités françaises.

retraités expatriés

Conseils pour optimiser votre fiscalité à l’étranger

Déterminer votre résidence fiscale

Avant toute démarche, il est indispensable de clarifier votre résidence fiscale. Ce choix conditionne la manière dont vos pensions seront imposées. Selon la durée de séjour, le lieu de vie de la famille ou l’activité professionnelle, le domicile fiscal peut se trouver en France, à l’étranger ou, dans de rares cas, dans les deux pays.

Les conventions fiscales internationales et leur impact

Les conventions fiscales internationales constituent la colonne vertébrale de la lutte contre la double imposition. La France a signé des accords avec plusieurs pays comme le Maroc, le Portugal, l’Italie ou l’Espagne, ce qui simplifie la gestion de votre fiscalité à l’étranger. Ces accords précisent les modalités d’imposition et renforcent la coopération entre administrations fiscales.

Pays Convention fiscale avec la France
Maroc Oui
Portugal Oui
Italie Oui
Espagne Oui

Considérations pratiques

Pour alléger la facture fiscale, certains retraités n’hésitent pas à comparer le coût de la vie et les dispositifs locaux. Deux exemples montrent la diversité des situations :

  • Au Portugal, un régime fiscal spécifique permet aux nouveaux résidents retraités de bénéficier d’une exonération d’impôt jusqu’à dix ans.
  • En Espagne, les retraités étrangers peuvent profiter de certains abattements qui réduisent la base imposable.

Partir vivre sa retraite à l’étranger ne se limite pas à faire ses valises. C’est aussi l’occasion de se pencher sérieusement sur la fiscalité de ses pensions et de son patrimoine. Anticiper, se renseigner, comparer : ces réflexes façonnent la liberté de profiter pleinement de sa nouvelle vie, sous d’autres horizons. L’optimisation fiscale, pour les retraités expatriés, n’est pas un luxe ; c’est la garantie de savourer chaque instant, l’esprit léger.